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Parfois toutes ces conneries c’est usant.
Tout m’use…
C’est deux cons là-haut. Encore à moitié jeune, nous avions quel age ? A peine 30 ans…non pas encore. A 30 je faisais d’autres conneries et lui aussi…le barbu. Il sortait juste de prison là il me semble…Il avait récupéré sa barbe…Non je confonds tout. C’était avant la prison, pour rien, une histoire de conduite en mauvais état…nous étions toujours en mauvais état. Sur la photo aussi certainement… nous étions joyeux. Je me souviens que dans ces années là nous étions toujours joyeux. Peut-être c’est faux…Faut demander à Véro nous vivions chez elle là, à Rennes, place Ste Anne…c’est dire.
Nous étions deux vrais cons, le genre à éviter…
Nous n’avions qu’une seule occupation…la défonce. Mais ce qu’on pouvait se marrer. On n’avait aussi une maison à nous…des fois on la retrouvait. Dans la région de Nantes. Y ‘avait les chiens, et les chiots. Et puis … et puis les filles…
Jamais de boulot.
Trouver du fric…ou juste une fête…Et ça les fêtes il y en avait. Et ces deux cons on les voyait dans toutes, d’un bout à l’autre de la Bretagne…Et Paris aussi, mais lui il aimait pas, enfin moins, il finissait toujours au poste de la rue Monge…
Oui je sais je raconte
C’est quoi cette histoire de raconter ses beuveries…
Je fais ce que je veux.
J’ai envie de parler de ça…Je peux vous en coller des bouquins entiers de nos conneries ; des drôles comme dans les films…des terribles aussi…des honteuses certainement…des « y’a pas de quoi se vanter ! ».
M’emmerdez pas c’était les plus belles années de ma vie…pourquoi j’en décoincerais ?
D’abord j’en décoince pas.
Lui il avait toujours des plans de deal…moi pas trop mon truc…j’étais pas crédible faut croire. Moi mon truc c’était « trouver une bagnole »…Il y avait un truc fantastique c’est que l’on se comprenait d’un seul regard. Il était fort, pas bagarreur hein, juste impressionnant…et ça suffisait. Des mecs cools quoi…vraiment cools.
Là ça fait comme un haut le cœur…
Comme l’estomac qui se retourne…
Bon sur le coup j’ai dit « Rien à foutre…j’ai déjà donné…c’est pas une surprise hein ! »
Et voilà je passe pour le mec qui s’en fout de tout.
Mais merde faut pas abuser quand même !
Je croyais que j’avais d’autres photos. Vero certainement elle en a. Véro était aux beaux arts, elle faisait de la photo aussi. C’était pas l’époque du numérique et on ne se tirait pas le portrait juste par ennuie. Alors je n’ai que cette photo et en fait c’est bien suffisant. J’aimais bien ma veste,je me demande bien à qui je l’avais piquée…
Les photos c’est juste casse couille…
Faut pas croire que je me sois déballonné.
Si un peu quand même.
Comme si il fallait un témoin net.
Mais c’est cruellement déconner cette histoire. Et cette histoire c’est la mienne…
C’est pas de la colère…
Si un peu…
Alors Gégé il m’a dit : « Il est en soins palliatifs à l’hosto de Fort de France, son père va le faire rapatrier à l’hôpital du Croisic pour qu’il meure chez lui »
Moi sur le coup ça m’a foutu en rogne… Je voulais pas aller le voir, cet hosto c’est un mouroir, j’y ai visité mon père…J’ai plus la force de me cogner des images de douleurs.
Faut me comprendre, depuis Gérard je suis terrorisé par la mort. Gérard je lui ai tenu la main toute la nuit, je lui ai parlé jusqu'à son dernier souffle, et après il fallait le cramer…J’avais pas cette force là. On m’a rien demandé…Et puis les autres…tous les autres...Tous ceux là auxquels correspondaient d’autres moments merveilleux. Je suis le seul à m’être arrêté de picoler…et ils sont tous là à claquer maintenant. C’est déconner non ?
Je croyais pas …enfin je pensais que là j’étais un peu blindé. Je me disais que bon j’irai qdm le voir, et puis je voulais lui remplir un mp3 de bonne zic, pas arriver les mains vides. On ne se voyait plus trop depuis assez longtemps. J’avais du mal à supporter son amour du rhum…Mais bon…
Il est mort Vendredi à 10H, pendant son transport, avant de prendre l’avion…
Alors on se dira rien…
Mais je suis bien persuadé qu’on avait encore un regard à échanger.
Je n’irai pas à l’enterrement…
Je ne vais plus aux enterrements…
Et puis quoi encore ?
Qui va se taper tout ce manque ?
Tous ces souvenirs, jours et nuits.
Et pourquoi ce serait pas mon tour de faire chier le monde…
Et puis pour ce qui reste
Je me fais encore baiser sur ce coup là
Je continu seul…
Zizi pour nous tous c'est son nom..